On se demande toujours ce qui fait qu'un jour on devient démodé. Pour moi je sais. Mon arrêt de mode se trouve dans la ballerine. Oui. Parce que quand elle sera remisée au fond du placard de la fashion, moquée comme comme un jean neige, qu'on ne la trouvera même plus dans les thrifts shops, moi je la porterais avec morgue, sûre d'être dans le vrai.
C'est qu'il y a un moment que la mignonne travaille son explosion. Des années qu'elle frémissait avant de devenir un des 50 essentiels de Elle. Que de vieilles dames les accommodaient avec leurs petits sacs et leurs léopards. Toujours regarder les vieilles dames. Que de graciles danseuses époussetaient leur Repettos en attendant leur heure.
Si j'ai attrappé ma ballerinite aiguë au tout début, c'est parce que j'avais un terrain très favorable. J'avais été contaminée aux US par le style 60's rock. J'avais une dent contre les talons qui m'empêchaient de parcourir la ville en long en large et en travers, le nez en l'air. Et puis je ne voulais plus de baskets. Les Converse n'avaient pas encore montré le bout de leur nez et la basket était alors aussi criarde qu'une chanteuse islandaise.
Elle et moi, nous étions destinées. La première fois que j'ai compris que ça pouvait être sublime, elle est était pointue, super rock et on me regardait avec les yeux ronds. Sûre de moi, j'ai tenu bon. Au début, le simple fait de voir ce petit bout de cuir dépasser de mon jean rendait les gens perplexes. Attendez voir...
Ensuite, je n'ai eu de cesse de la traquer. Elle était assez difficile à trouver à ce moment là . Soit très très chère, soit très mal coupée.
Oui, une ballerine a une coupe. Pour moi, une ballerine, c'est très échancré sur le pied. J'aime y voir la naissance des orteils. Moins il y a de ballerine dans une ballerine, plus je jubile.
Puis un jour, elle était là , évidente. Ca m'a fait un peu mal de la voir au pied de ma voisine de palier et de ma banquière. Mais quand on aime, ce ne sont que de passagers tourments. J'en ai pris mon parti. J'en profite pour faire ma sélection pour des jours moins fastes. Peut-être qu'un jour, comme Nicole, je me la ferais tatouer. En attendant je voulais juste lui dire : Ballerine, je t'aime.